Christian Baudelot e Michel Gollac

Les consultations électorales du printemps 2002 ont fait éclater au grand jour de nouvelles lignes de fracture au sein de la société française. Déjà perceptibles au cours de la décennie précédente, ces lignes n’épousent pas les contours classiques d’un affrontement « droite-gauche » te1 qu’il a pu se manifester au cours des consultations antérieures, opposant les tenants du marché à ceux de l’État. Elles ne co’incident pas non plus avec des contrastes tranchés entre des groupes sociaux que sépareraient des niveaux de revenus (riches -pauvres), des statuts d’emploi (indépendants-salariés), ou des formes d’activité professionnelle (manue1s-intellectuels). Chacun de ces clivages a beau jouer un rôle, les lignes principales de fracture sont ailleurs. Et elles sont compliquées parce que l’ « insécurité sociale » déborde aujourd’hui largement le cadre des populations qui occupent des emplois reconnus comme précaires. Un emploi stable peut n’être pas durable; il peut aussi être intenable. Et cela à tous les niveaux de la hiérarchie sociale. Le fossé tend alors à se creuser entre des individus économiquement et socialement bien insérés, et d’autres, qui, pour des raisons diverses, se considerent « dépassés », « marginalisés » par les transformations économiques et sociales en cours : internet, Europe, mondialisation, etc.

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